La vènerie du blaireau, une chasse passionnante

 

Au petit matin, les hommes et les femmes se rassemblent. Il y a les veneurs aguerris, les suiveurs occasionnels et quelques curieux d'un jour. Les chiens trépignent et jappent dans leur caisse. La remorque chargée d'outils est attelée. C'est l'heure du café, des amabilités, on prend des nouvelles.

Puis le maître d'équipage donne les consignes, écouter d'abord, écouter.

La vènerie du blaireau se déroule dans une succession d'étapes qui rappellent la chasse aux chiens courants ou la vènerie. D’abord le rapproché, le chien doit s'enfoncer dans le dédale des galeries pour trouver trace d'un blaireau et s'en approcher au point de le lancer. C'est la phase la plus facile si le terrier est occupé. 

Ensuite vient la poursuite, le chien suit l'animal qui connaît les moindres recoins de son domaine. Pour l’instant les hommes ne font que suivre à l'oreille, le maître d'équipage appuie parfois le travail du chien par quelques encouragements.

La poursuite peut couramment se dérouler sur plusieurs centaines de mètres de galeries, sur deux ou trois niveaux, voire plus. Les galeries sont de toutes sortes, parfois étroites, parfois plus larges. Se succèdent fosses, carrefours, cheminées, étranglements, angles droits, marches, siphons et décrochements... son architecture est toujours complexe.

Les difficultés ne vont pas tarder à se présenter. Trop profond la chasse n'est plus audible. Malgré toute l'attention des chasseurs, l'oreille collée contre le plat des barres à mine enfoncées au sol, à la recherche du plus petit son, la chasse se perd. Il faudra être patient, tout au fond le chien chasse probablement sans que les hommes ne puissent alors l'aider. Peut-être faudra-t-il s'avouer vaincu si le chien renonce et remonte au grand air.

D'autres fois, c'est le sol trop meuble qui met la chasse en difficulté. L'habile blaireau est un terrassier remarquable, il creuse, effondre une galerie, en perce une autre, rebouche derrière lui. Le chien a beau gratter lui aussi, le blaireau dispose de solides griffes aux pattes avant qui lui donnent un avantage décisif dans ces manœuvres. C'est le fameux contre-terrage, la défense suprême du blaireau. Plus d'un chien se lasse et abandonne.

Parfois c'est un jeune blaireau, encore svelte, qui file à toute allure dans le dédale du labyrinthe. Son gabarit et sa vitesse lui permettent de semer le chien qui dans l'obscurité progresse avec plus de prudence.  

Plus rarement, le blaireau gicle et file dans le coteau rejoindre un autre terrier. Ce comportement est plus rare car le blaireau flegmatique est très confiant dans son fort et il n'y craint personne.

Si la chasse tourne à l'avantage de l'équipage et que le chien n'a pas lâché en dépit des ruses de son animal de chasse, l'équipage peut localiser en écoutant les abois du chien.

Le maître d'équipage va prendre la décision de creuser une fosse pour atteindre le chien. Après la phase d'écoute en silence, les hommes et femmes s'approchent. Le choix de la forme de la fosse, de son orientation est tout un art. L'expérience des chasseurs est alors déterminante.

Le terrassement commence, les outils changent de mains dans un effort collectif. Rien n'est encore acquis et le doute est toujours là. La chasse est-elle définitivement stabilisée ? Le chien a-t-il la patience de tenir ? Une grosse racine difficile à contourner ? Ou pire une roche inattaquable ? Et si le blaireau bouscule le chien pour filer à l'autre bout du terrier ?

Plus d'une fois, le blaireau se faufile au dernier moment avant que l'équipage n'ait réussi à percer la galerie. Plus d'une fois les efforts s'avèrent vains.

Mais si la chance sourit à l'équipage, la fosse est percée sur le dos du chien qui sait alors la fin proche. Ragaillardi par la présence de ses maîtres, ses abois reprennent de plus belle. Le blaireau est peut-être là, tapi dans un coin de son domaine. Son flegme et sa placidité l'ont peut-être trahi. Trop confiant dans sa force, il a laissé le chien l'aboyer sans chercher à fuir. A l'accul, ce n'est pas la fatigue qui immobilise le blaireau, c'est son assurance.

Le chien est repris et mis à l'attache avec une gamelle d'eau. Les veneurs s'affairent pour accéder au boyau. Les plus souples, la tête en bas, ont déjà aperçu l'animal de chasse dans son accul. Il est là. Un peu de patience, un peu de silence et le blaireau décide de sortir profitant de l'absence du chien. Tout en douceur.

Les chasseurs peuvent s'en saisir. Ils utilisent souvent des outils spécialement conçus pour attraper le blaireau sans le blesser, des pinces non vulnérantes pour immobiliser l'animal sans violence.

Selon les consignes du détenteur du droit de chasse, l'animal sera soit servi, soit gracié.

Vient ensuite le temps de la remise en état du site. Les galeries sont reconstituées, les fosses rebouchées, le terrier est remis à son état initial. Les chasseurs y reviendront peut-être dans un an ou deux. Mais en attendant le clan de blaireaux y reprend ses habitudes paisibles.

Si quelques sonneurs sont dans l’équipage, les fanfares vont résonner au pied du coteau, à la lisière de la forêt. Déjà dans les récits des uns des autres, se forge la réputation du courageux petit chien qui a travaillé aujourd’hui. Il fait la fierté de son maître.

 

© Jean MASSON avec Wix.com